Découvrez ce que change le critère environnemental obligatoire dans les marchés publics : comment y répondre avec des preuves, et une routine en 5 étapes pour transformer l’exigence en avantage concurrentiel.


Les marchés publics évoluent. Et cette fois, ce n’est pas seulement une tendance RSE : c’est une obligation qui impacte concrètement vos réponses, vos preuves à fournir et même la façon dont vous exécutez vos contrats. En France, l’article 35 de la loi Climat et Résilience impose à la commande publique de contribuer au développement durable, en intégrant les dimensions économique, sociale et… environnementale.
Ce qui change ? Les acheteurs publics doivent non seulement introduire un critère environnemental dans l’attribution, mais aussi prévoir des clauses d’exécution environnementale plus exigeantes, avec des objectifs et des modalités de contrôle. Autrement dit : vous ne serez plus seulement “audités” sur votre discours. Vous serez évalués sur votre capacité à prouver, mesurer et tenir dans la durée.
Dans cet article, on décrypte les obligations, on explicite ce que les donneurs d’ordres attendent, et on propose une routine pratique en 5 étapes pour structurer vos réponses et sécuriser votre exécution.
L’article 35 de la loi Climat et Résilience rappelle un principe simple : la commande publique doit contribuer au développement durable, en incluant les dimensions économique, sociale et environnementale.
Dans le débat public, la logique est aussi venue d’un constat : des politiques incitatives existaient déjà, notamment des objectifs de “prise en compte environnementale” dans les contrats, mais sans contrainte suffisante. Résultat : les objectifs n’étaient pas atteints.
Un intervenant a résumé le diagnostic de manière parlante : sur la période 2015-2020, l’objectif visait 30% de contrats avec une considération environnementale, mais l’exécution a plafonné à 15,8%. Sur 2022-2025, l’objectif était 100% en 2025, mais on restait autour de 25%. Et “l’incitation” ne suffisant pas, le législateur a rendu l’exigence obligatoire.
Le cœur de la réforme tient en deux mécanismes complémentaires.
Dès lors que la procédure le requiert, l’acheteur doit inclure un critère environnemental dans la notation des offres. Il doit être précis, lié à l’objet du marché, et assorti d’une pondération annoncée.
Ce point est crucial : ce n’est pas un “bonus vague”. C’est un levier de classement. D’après une analyse menée sur des avis publiés, environ 80% des avis comportaient un critère environnemental depuis août 2021, contre 54% avant. Ces chiffres indiquent surtout une diffusion rapide de l’exigence dans les pratiques.
Autre donnée utile : la valeur moyenne observée du poids environnemental dans les grilles serait d’environ 10%. Et ce 10% peut déclencher des bascules : un intervenant illustre que, dans un scénario où le prix pèse 40% et la valeur technique 50%, un écart de quelques points sur la note environnementale peut suffire à vous faire passer devant ou derrière, y compris quand votre prix diffère.
Deuxième bascule : l’environnement ne doit pas seulement être “écrit pour gagner”. Il doit être tenu pendant l’exécution.
La clause d’exécution environnementale doit éviter les formulations trop générales du type : “le titulaire respecte la réglementation”. L’attendu est plutôt une approche avec :
Concrètement, cela signifie que vos engagements deviennent des obligations contractuelles. Et donc, potentiellement, une source de pénalités si vous ne tenez pas vos promesses.
Un point a été martelé : quel que soit le montant du marché, l’environnement “arrive” dans le cadre de l’article 35, même si la profondeur de l’exigence varie.
Le message pour les entreprises : ne considérez pas l’environnement comme un “sujet de procédure formalisée” uniquement. Dans l’approche la plus simple, vous aurez déjà des engagements contractuels. Et dès que vous rentrez dans des procédures plus structurées, votre performance environnementale peut devenir un facteur de classement.
Même si l’article 35 vise surtout ici l’environnement au cœur des attentes, il est utile de comprendre la logique sociale.
L’obligation sociale porte sur des conditions d’exécution sociale (et parfois en faveur de l’emploi), appréciées lot par lot. Un critère social “au-dessus” de la politique générale de l’entreprise est déconseillé : les acheteurs privilégient des éléments spécifiques au marché.
Un repère a été donné : la clause d’insertion existerait déjà depuis environ 37 ans, mais ne concernerait qu’environ 13% des marchés dépassant 90 000 €. Cela montre que le social n’est pas automatique partout, mais reste un champ à anticiper quand il est mobilisé.
Derrière la réforme, l’acheteur a trois objectifs.
En pratique, cela implique de construire une logique de collecte de preuves et, parfois, de recalculer ou mesurer selon le périmètre du projet.
Les critères environnementaux varient selon le secteur, mais on retrouve des familles récurrentes.
On observe souvent :
Les critères portent fréquemment sur :
Dans les services, l’attendu remonte souvent à :
Ce qui ressort dans tous les cas : des engagements formulés en langage “preuve + mesure + échéance”.
Un risque a été clairement formulé : si vos engagements deviennent des critères d’attribution et des clauses d’exécution, alors “promettre trop” ou “promettre flou” peut se retourner contre vous.
Cela ne veut pas dire que la démarche est uniquement contraignante. Les intervenants insistent plutôt sur une logique gagnante : mieux vous structurez vos données et vos preuves, plus vous pouvez :
Pour sortir du flou, une méthode simple a été proposée : une boucle d’amélioration continue qui transforme chaque réponse en “brique réutilisable”.
Objectif : construire un kit de compréhension des exigences.
Dans le DCE, cherchez :
Définition pratique : “Décortiquer le DCE”, c’est relever toutes les attentes environnementales et les transformer en une liste actionnable : quoi fournir, quand, sous quel format, et comment c’est contrôlé.
Objectif : ne plus partir de zéro à chaque appel d’offres.
Le kit peut inclure :
L’idée clé : une bibliothèque structurée pour répondre rapidement, mais aussi de façon cohérente.
Objectif : rendre vos engagements visibles et vérifiables.
Une grille de lecture simple aide souvent à structurer :
Objectif : transformer un “bon intention” en un engagement attribuable.
Pour marquer des points, l’élément déterminant est le triptyque :
Sans donnée et sans calendrier, votre réponse risque de rester “non vérifiable”.
Objectif : améliorer la performance d’un dossier au suivant.
Quatre réflexes :
Un intervenant a rappelé un point utile : les notes globales ne suffisent pas. Demander des éléments détaillés aide à progresser réellement.
Pour illustrer la mécanique “preuves + mesure + exécution”, un exemple d’usage a été présenté côté entreprise de travaux.
Le besoin : fournir en amont un calcul d’empreinte carbone des chantiers, puis produire pendant le marché des données précises.
La difficulté fréquente : les données existent, mais elles sont dispersées (matériaux, engins, véhicules, déplacements, contrôles de gestion…). Sans automatisation, les calculs deviennent trop longs et trop grossiers, donc peu exploitables dans les critères.
La solution décrite repose sur une chaîne outillée :
L’enjeu n’est pas seulement de “faire un calcul”. C’est de produire une donnée :
Le nouveau critère environnemental dans les marchés publics change le jeu. Il impose une discipline : précision des critères, preuves tangibles, et exécution contrôlée. Dans ce contexte, l’entreprise qui gagne n’est pas forcément celle qui “a le discours le plus vert”, mais celle qui sait transformer ses données en engagements chiffrés, vérifiables et tenables.
Si vous ne devez retenir qu’une chose, c’est celle-ci : l’environnement devient un sujet de pilotage, pas uniquement de communication. Avec une routine en 5 étapes, vous pouvez réduire l’effort de réponse, sécuriser l’exécution et bâtir un avantage concurrentiel durable.